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Le Maroc doit se doter d’une structure publique de la RSE…

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C’est un ouvrage bien documenté sur les mutations mondiales du secteur minier et le positionnement du modèle marocain. De la dynamique des majors sur le plan international à la gouvernance du secteur sur plan institutionnel, fiscal et sociétal en passant par l’analyse du modèle marocain, l’ouvrage « intitulé Mutations du secteur minier mondial et positionnement du modèle marocain » de Abdellah Mouttaqi est une exploration concise de l’univers de l’industrie extractive mondiale avec une analyse des problématiques relatives à sa gouvernance. Docteur d’Etat en Métallogénie, membre du Conseil Economique, Social et Environnemental et Directeur du pôle Exploration et Technique de l’ONHYM, M. Mouttaqi nous livre aussi son avis sur une gouvernance publique de la RSE pour consolider l’élan national observé auprès de la société civile et des entreprises. Première partie d’une interview exclusive.

Il y a comme un paradoxe sur le plan mondial. En dépit d’une diminution du nombre des projets arrivant en phase d’exploitation, les firmes redoublent d’investissement même dans des pays dits à risques. Quelle lecture faites-vous de cette dé-corrélation des deux phénomènes ?

Vous avez raison de le souligner. Ce qu’il faut retenir dans cette nouvelle configuration géopolitique mondiale de l’industrie extractive, c’est l’entrée de deux nouveaux acteurs qui ont bouleversé l’ordre établi : la chine et l’inde, notamment.

Mais analysons d’abord ce qui s’est passé au cours de la dernière décennie : de 1999 à 2012, les budgets investis dans l’exploration minière ont été multipliés par six. En 2012, ils ont atteint un record historique de 21,5 milliards de dollars, soit une hausse de 19% par rapport au record de 2011. Durant cette même année (c’est à dire en 2011), 23% des dépenses engagés sont allés vers les pays dits à risque, en augmentation de 50% sur le volume d’investissement de 2010.

En dépit de ces niveaux d’investissement élevés, le nombre de grands projets qui arrivent en phase d’exploitation a continué de diminuer. Ce phénomène est lié à la nature des cycles miniers et aux fondamentaux de l’offre et de la demande. Mais, force est de constater que l’intensification de l’investissement répondait à une logique d’irruption de nouveaux acteurs dont la consommation a poussé vers une exploration tous azimuts, y compris dans les pays à risque. Ceci dit, cette notion de pays à risque devra être mieux circonscrite car parfois elle ouvre la perspective à des spéculations naturellement infondées, et du coup, à des arbitrages tendancieux.

Vous avez retenu trois grandes familles changements qui sont intervenus au niveau de la gouvernance du secteur minier sur le plan mondial : institutionnel, fiscal et sociétal. Comment expliquer ce phénomène de nationalisation massif qui a été observé dans de nombreux pays producteurs ?

D’abord, parce qu’il y a eu une prise de conscience de plus en plus prononcée depuis la crise de 2008 que la raison des déficits commerciaux de plusieurs pays tient aux importations de produits primaires (agricoles et matières premières) et non aux produits industriels comme il a été généralement admis. C’est ce qui a été démontré, du reste, dans un rapport du Mc McKinsey global institute. Ensuite, parce que le marché mondial a connu la mise en concurrence de trois logiques (chinoise, européenne et américaine) ayant mis l’industrie extractive au cœur d’enjeux importants et conduit ce secteur en 2011 à un niveau de fusion-acquisition exceptionnel : 165 milliards de dollars[1], soit environ 2065 acquisitions durant cette seule année[2].

La nationalisation est donc venue ces dernières années comme une conséquence de la pression enregistrée sur les matières premières et les enjeux géostratégiques qui y sont adossés avec notamment la volonté des Etats à tirer le meilleur de leurs ressources naturelles. En 2011, Ernest & Young n’a pas manqué de souligner qu’il s’agit du plus grand risque d’affaires stratégique dans le secteur des mines et métaux. La Bolivie, le Venezuala, le Guatemala, l’Indonésie et le Zimbabwe sont entre autre des pays qui ont été concernés par cette «fièvre» de la nationalisation. C’est cette configuration qui a amené Deloitte en novembre 2012[3] à préconiser aux sociétés minières canadiennes à renforcer leurs relations avec les gouvernements nationaux. C’est, entre autres, ce qui a accéléré davantage le mouvement de prise de conscience de l’impératif d’une démarche RSE auprès des entreprises du secteur.

Votre analyse sur l’approche à retenir dans les nouveaux mouvements de localisation des industries d’extraction retient la notion de l’acceptabilité sociale en amont. Pensez-vous que cette notion d’acceptabilité touche également désormais les investissements dans les secteurs d’extraction au Maroc ?

L’acceptabilité sociale (voire même politique pour les entreprises négociant avec des gouvernements peu stables sur le plan politique) est consubstantielle à tout processus d’installation de projet touchant à l’amont d’une filière. Et à plus juste titre quand cela concerne l’extraction minière.

Partout dans le monde, la ruée vers l’industrie minière s’est accompagnée de l’émergence de conflits sociaux au sein des compagnies même et socio-environnementaux entre les communautés riveraines et les sociétés d’exploitation. Certains conflits ont été malheureusement très violents. Il s’avère aujourd’hui nécessaire d’obtenir cette acceptabilité sociale par l’intermédiaire de consultations avec toutes les parties prenantes, en soulignant l’importance de maintenir les liens durant toute la vie du projet.

Nous l’avons constaté auprès de nombreux pays du nord mais également du sud. Une «gouvernance» publique de la filière RSE s’installe à travers généralement des structures légères d’ambassadeurs ou de conseiller en RSE visant à harmoniser, fédérer et consolider l’effort national souvent diffus en matière de RSE. Quelle est votre appréciation par rapport à cette nouvelle articulation de gouvernance de la RSE sur le plan public?

Je suis totalement d’avis que le Maroc doit se doter d’une structure publique qui doit «penser» la filière RSE d’une manière transversale. L’effort fait d’une manière cloisonnée et compartimentée par les secteurs de la Finance, de l’industrie, des télécoms ou encore celui de l’extraction, gagnera à être appuyé par une structure publique. En effet, la RSE, comme outil de renforcement de la compétitivité d’un secteur donné et de sa stabilité, ne devrait pas rester l’affaire des seules entreprises ; il est à mon avis opportun que la prise en compte de cette démarche se fasse au niveau du gouvernement dans un esprit de convergence entre l’action gouvernementale et les secteurs productifs. Des mécanismes d’aide voire des incitations à ces entreprises pourraient être mis en place afin de faciliter leur accès à la filière RSE. Le développement d’une économie saine et inclusive passe par là.

Propos recueillis par
Hassan Bouchachia

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[1] Source : Rapport 2011 de Ernet & Young
[2] Source: Pricewatherhouse Coopers
[3] Dans une étude publiée en novembre 2012 et intitulée “A l’affut des tendances de 2013”.

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