Bourse de Casablanca : Le CESE recommande le reporting extra-financier

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La position du Conseil Economique, Social et Environnemental[1] augure d’une prise en compte profonde de la RSE au Maroc. Car, disons-le, la responsabilité n’est pas un sentiment subjectif et privé. Elle est un accomplissement social. Dans son étymologie, elle renvoie à l’obligation et à l’acceptation de répondre de ses actes et de ses conséquences.

Dans cette «lente» évolution de la dimension normative de la RSE, l’idée de rendre compte a pris une trajectoire sinueuse : soumise dans un premier temps à une contestation de son utilité, elle a été finalement plébiscitée pour la douce pédagogie qu’elle introduit progressivement.

«This is a journey», disent ses promoteurs car il s’agit réellement d’un voyage qui offre à l’organisation qui l’emprunte de comprendre en quoi ses process, ses produits et ses services peuvent, tout redoublant de profitabilité, réduire leurs impacts négatifs sur l’environnement et le social.

C’est cette idée qui a amené le CESE à émettre cette recommandation : «exiger des entreprises cotées à la bourse de Casablanca de produire un Reporting Extra-Financier». Du reste, 17 législations dans le monde ont prévu un dispositif similaire[2] depuis de nombreuses années déjà.

Mais de quoi il s’agit, en fait : d’abord, de l’impact et de sa mesure. Disposer d’une norme qui offre une comparabilité de cette mesure est une innovation méthodologique majeure. Une entreprise minière dont la corrélation est établie entre exploitation et changement climatique trouve dans le reporting extra-financier de type GRI-G4 les indicateurs qui lui permettent de piloter sa démarche de durabilité.

Dans sa démarche, la norme GRI-G4 entraine les entreprises à élaborer une certaine mise en récit. Car, in fine, pour accéder à la responsabilité, les hommes comme les organisations devront narrer un récit d’eux-mêmes où ils apparaitront comme les auteurs de leurs actes.

Mais le récit, ici, n’est pas construit dans une approche narrative. C’est un récit d’impact avec des indicateurs qui touchent à l’environnement et au climat, au social et aux relations de travail, à la gouvernance et à ses instances…

Ayant identifié là où elle doit intervenir pour réduire les effets néfastes de son action, l’entreprise évaluera, ensuite, le coût de l’opportunité des mesures à retenir et allouera, enfin, les ressources et les investissements pour y parvenir. L’architecture des normes et des technologies intervient, par la suite, pour donner un contenu concret à cette réduction d’impact.

La COP22 constitue pour les entreprises marocaines une formidable opportunité pour réinventer leurs pratiques à l’aune du développement durable. D’abord, parce que les engagements de l’Etat marocain en matière de lutte contre les changements climatiques (32% à horizon 2030) invite l’ensemble du tissu productif marocain à avancer en rang serré. Ensuite, parce que les entreprises, notamment les plus en vue, se sentent quasiment dans le mauvais rôle de spectateur au cas où elles conservent une certaine frilosité à l’endroit de cet élan national. La CGEM vient de donner une valeur d’exemple en signant une convention avec le commissaire de la COP22 et l’une de ses fédérations (la FDIM) est entrain de mener une expérience inédite en diligentant une enquête sur la prise en charge des changements climatiques et l’organisation d’une conférence débat Climat & Mines, le 3 novembre prochain à Casablanca.

Récemment introduit dans les agendas, la préoccupation climatique a soudainement émergé et il est heureux que des entreprises marocaines en soient saisies.

L’interdépendance entre l’écologique, l’économique et le social est d’une telle intensité que cela induit une rapide évolutivité des normes. Pour éviter d’être envahies par une vague normative naguère insoupçonnables, les entreprises gagneront à y souscrire, avec l’épineuse et sempiternelle réserve que voici : qui financera les PME dont le seul coût d’un consultant ou d’un accompagnement normatif est à lui seul impactant pour ses maigres finances ?

La pertinence de la proposition du CESE trouve ici toute son éloquence. Le Forum RSE multi partie-prenantes (public et privé) recommandé serait, probablement, le cadre idéal pour accueillir les doléances, réfléchir et mettre en œuvre l’articulation des mécanismes d’accompagnement œuvrant en cela à donner un véritable élan national à la question de la durabilité au Maroc.
Hassan Bouchachia

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[1] Voir le Communiqué du CESE : http://www.cese.ma/Documents/PDF/Communiques_de_presse/2016/SO-65-25082016/cp-ag-65-25082016.pdf

[2] Source : GRI Data pour le Maroc : Les Leaders de la RSE au Maroc

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