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La RSE dans le secteur bancaire : le fond et la forme d’un discours révolutionnaire

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Donc, après le discours fondateur du roi Mohamed VI lors des intégrales d’investissement en 2005 sur l’impératif d’une démarche socialement responsable, le lancement d’un label de la RSE par la CGEM en 2006, le Maroc vient de commettre son troisième acte fondateur de la RSE : le discours du président de la communauté bancaire, M. Othmane Bejelloun.

Fondateur, ce discours l’est un peu plus. D’abord, par son caractère volontariste. Ensuite, par sa substance. Solennel, lyrique et mesuré par sa forme. Révolutionnaire pour son fond.

Réuni devant le gouverneur de la banque centrale, à l’occasion de la journée mondiale de l’environnement le 5 juin 2014, pour réfléchir sur la Responsabilité Sociale des Banques et des activités du Secteur Financier, le GPBM à travers son emblématique Président Othmane Benjelloun a prononcé une sentence (du latin sententia «façon de penser, sentiment, avis, opinion, jugement»). Il s’agit de six propositions qui, force est de le relever, prennent toute la communauté des affaires de court. Le discours du Président Benjelloun recouvre quelque chose de nouveau, plus qu’une ambition, il y a là la proclamation d’une profession de foi.

Jugez-en vous même : «A l’instar de BMCE Bank qui avait pris une telle décision dès 2000, chaque banque prélèverait un pourcentage de son Résultat Brut d’Exploitation, afin de doter ses programmes d’actions de Responsabilité Sociale d’Entreprise. Ainsi, avec l’appui du Régulateur et des autorités gouvernementales outre les partenaires internationaux, la démarche RSE du Maroc ferait  ‘’école’’ en Afrique et ailleurs de par le monde».

Il n’est pas superflu de considérer Othmane Benjelloun comme un homme d’affaires singulier dans sa démarche. Une fois la vision de la RSE ayant été structurée au sein de sa banque (BMCE BANK) voilà une dizaine d’années, il avait prononcé à l’époque un discours radicalement nouveau : «Ceux qui ont le privilège d’exercer des responsabilités importantes dans le monde économique ont certes des droits, mais ils ont davantage encore des devoirs : le devoir notamment d’œuvrer –au-delà du cœur de leurs métiers- à la réalisation d’actions et de projets servant l’intérêt général de leurs concitoyens».

La position de Othmane Benjelloun en matière de RSE ne s’inscrit pas dans une logique justification. Elle s’apparente, encore moins, à une posture de RSE cosmétique. Nous sommes dans la concrétisation d’un nouveau paradigme, celui d’un engagement sincère et d’une opportunité historique majeure à saisir.

Cinq autres propositions et non des moindres, viennent structurer une nouvelle façon d’appréhender la place des banques dans leur environnement.

  • Une démarche RSE coordonnée :

La première proposition est que les banques au Maroc adoptent une démarche RSE coordonnée. «Coordonnées, les démarches RSE le sont dans plusieurs pays de par le monde, en Europe, en Chine, Inde, Brésil puis dans quelques pays d’Afrique avant-gardistes dans ce domaine, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya», a affirmé le Président du GPBM. En se projetant sur l’architecture institutionnelle mondiale, Othmane Benjelloun coupe la route devant les tentations réglementaires. «Soit la démarche RSE est le fait des Associations de Banques, soit elle est issue de la réglementation édictée par la Banque Centrale », analyse-t-il, avant d’arrêter le choix de la profession : «pour notre part, nous recommanderions  que la démarche RSE au Maroc puisse revêtir cette dimension volontaire portée par l’Association représentative des banques, le GPBM et une dimension partenariale entre les banques et Bank Al Maghrib».

  • Inclusion de la RSE dans les notations de Bank Al Maghrib

La seconde proposition  est relative à l’inclusion dans les critères de notation annuelle des banques par Bank Al Maghrib, des domaines de la RSE. « Certes la Banque Centrale ‘’instille’’, d’ores et déjà,  progressivement, à travers ses Directives et Circulaires, quelques uns des axes de la RSE, comme  la Gouvernance, la protection des consommateurs ou la loyauté des pratiques (protection des consommateurs, délits d’initie, gestion des conflits d’intérêt…). Il y aurait mérite que ce signal important de promotion de la RSE soit donné, lors de l’exercice annuel d’évaluation des politiques et des performances que mène la banque centrale auprès de chacune des banques marocaines», comme le président du GPBM.

  • Adoption de la GRI comme standard de reporting

La Troisième proposition est qu’en termes de communication sur les politiques, les risques et les résultats  afférents à la RSE, les banques adoptent un Reporting standardise. Ce Reporting devra, pour davantage de lisibilité et de crédibilité, être base sur des référentiels internationaux tels que le Global Reporting Initiative.

  • Adhésion de BAM au Sustainable Banking Network

LA quatrième proposition vise à renforcer la démarche coordonnée RSE au Maroc, telle qu’avancée dans la première proposition. Il s’agirait que la banque centrale rejoigne un Réseau intitulé  » Sustainable Banking Network« , c’est-a-dire un groupe informel et exclusif, composé d’une douzaine de régulateurs, afin de partager les connaissances capitalisées parmi ses membres. Le Sustainable Banking Network – S.B.N. – devrait pouvoir accélérer l’apprentissage collectif de ses membres, notamment pour l’élaboration de politiques de financement durable. Cette adhésion au Réseau SBN serait une première dans  la région du Maghreb et du Moyen Orient.

  • Co-construire  une démarche harmonisée en Afrique.
    La cinquième proposition est, sur la base de la démarche RSE coordonnée parmi les banques marocaines, de co-construire  une démarche harmonisée en Afrique. Ce serait l’occasion, pour le Maroc, d’affirmer son leadership et son esprit fédérateur tout en associant l’expertise et l’expérience des organismes financiers multilatéraux.

Sur le plan institutionnel, les propositions du GPBM sont totalement avant-gardiste. Sous la houlette d’une personnalité dont la bataille pendant les 20 dernières fut définitivement celle du développement durable, la profession bancaire ne pouvait pas trouver meilleur éclaireur, d’une marche, d’un destin, d’une communauté.

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