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La matérialité, un outil de consensus

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Disons-le tout de suite: élaborer une stratégie RSE d’une entreprise n’est pas une mince affaire. L’une des notions les plus structurantes pour la réalisation de sa politique RSE est justement celle de la matérialité. La sémantique jouant des tours, la tentation est souvent grande de confondre matérialité et tangibilité. Traduit de l’anglais (Materiality), cette notion est parvenue à la communauté RSE par le truchement de celle des auditeurs financiers.

Pour ceux-ci, elle signifie le seuil au-delà duquel des erreurs comptables peuvent avoir un impact significatif sur la vérité des comptes certifiés de l’entreprise. Ramenée à la dimension de développement durable, la matérialité renvoie vers le seuil à partir duquel des enjeux présentent des impacts pertinents et prioritaires pour l’entreprise, selon la propre évaluation de ses parties prenantes.

Dialoguer avec son écosystème

Pour dire les choses simplement, l’entreprise est appelée à répondre aux questions qu’elle juge importantes en les croisant aux attentes de son corps social mais aussi au regard de son environnement externe. En cela, la matérialité constitue le meilleur moyen pour une entreprise de s’interroger sur l’adéquation entre son modèle économique et les attentes de son écosystème en… dialoguant avec lui.

Lors du processus du Reporting, l’étude de matérialité offre à l’entreprise la possibilité d’aller à l’essentiel et de se focaliser sur les indicateurs de performance clés illustrant la stratégie de l’entreprise. En soi, c’est un processus permettant de légitimer les choix de la démarche RSE, outre son dispositif hiérarchisant l’importance des enjeux de l’entreprise et ciblant ceux sur lesquels elle doit être transparente et rendre compte en priorité.

Erreur suprême, ne pas articuler les enjeux RSE avec la stratégie et les objectifs globaux de l’entreprise. Ainsi, si pour Lydec le climat est un enjeu fondamental, ce qui a été démontré par ailleurs lors de son étude de matérialité en 2016, il n’en est pas de même pour un opérateur de télécommunication. Et la liste des enjeux retenus doit, elle-même, répondre à ce double critère de pertinence et de priorité.

Sur le plan normatif, un élément de distinction à retenir toutefois: si les définitions proposées par l’Integrated reporting et SASB (voir encadré) portent exclusivement sur l’information matérielle aux yeux des investisseurs, celle de GRI (Global Reporting Initiative) inclut l’ensemble des thèmes susceptibles d’influencer de manière significative les évaluations et décisions de toutes les parties prenantes de l’entreprise.

Autrement dit, le spectre de la matérialité selon les standards GRI est beaucoup plus large que celui de la norme américaine SASB et du protocole Integrated reporting, focalisés pour leur part, sur les préoccupations des investisseurs. A y voir plus clair, la matérialité est un puissant levier d’obtention de consensus.

Cependant, la robustesse du cadre méthodologique pourrait soit l’ériger en outil de gouvernance, soit la réduire en une cartographie des sujets, à peine digne d’être représentés dans un rapport de fin d’année. Une bonne méthodologie inclut en amont une centaine d’enjeux puisés dans les cadres de références internationaux et les initiatives mondiales comme GRI ou l’évaluation extra-financière calculée par Robecosam pour le Dow Jones Sustainability Index (DJSI) en passant par les retours médias, les prises de parole des concurrents et les risques et opportunités stratégiques identifiés par l’entreprise. Une discrimination est alors opérée, en plusieurs étapes, selon un processus incluant la pondération des parties prenantes, pour déboucher au final sur un nombre de sujets circonscrit de 10 à 20 enjeux pertinents et prioritaires.

Or, force est de souligner que si cette méthodologie n’est pas posée méthodiquement et à travers notamment des solutions dédiées, une déperdition notable de l’information sera constatée entraînant une faible prise en compte des enjeux réels de l’entreprise. Le Reporting perdrait, alors, la raison même pour laquelle il a été conçu et élaboré. In fine, le sens ultime du Reporting réside dans son processus de collecte et de validation des données. L’analyse de matérialité est définitivement une fondation centrale du processus de reporting et de la construction de la stratégie RSE de l’entreprise.

Les nouveaux standards GRI, publiés en octobre 2016, ont fait de la matérialité une condition sine qua non de «recevabilité» du rapport selon les standards GRI à partir du 1er juillet 2018. Les entreprises marocaines et africaines sont appelées désormais à en tenir compte. Au moment où l’Afrique parie sur l’investissement pour mettre à niveau son économie et son social, il n’est pas inutile de rappeler que les investisseurs internationaux sont définitivement fixés sur la profitabilité des valeurs «durables». Et pour cause, le nouvel indice de création de valeur à long terme (S&P LTVC Global Index- Long-Term Value Creation) lancé en janvier 2016 affiche une performance de 17,69% sur l’année 2016 au moment où la performance boursière de ces entreprises sur les 10 dernières années était de 3,77%.

Par Dolores LARROQUE & Hassan BOUCHACHIA

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