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La RSE (au Maroc) serait-elle à la loi ce qu’a été le GSM pour le fixe…

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Le professeur Bouchikhi a cette formule[1] imagée et pédagogique de qualifier les entreprises socialement responsables par «celles qui se mêlent, positivement, de ce qui ne les regardent pas ».

Dans une économie où 1% des entreprises respectent le code de travail[2], ne pas se mêler de ce qui ne regarde pas l’entreprise revient à appliquer la loi. Il y a, là, une vision libérale intellectuellement cohérente et assumée.

Question : Que ne faut-il pas faire pour pousser les entreprises à respecter la loi ? Réponse : ne pas encourager l’installation des pratiques RSE au Maroc.

Je m’explique : Si l’Etat a échoué dans sa gouvernance actuelle à faire appliquer les lois par une majorité d’acteurs économiques (99% pour le code de travail), l’une des hypothèses les plus plausibles est que le problème est éminemment « politique ». En revanche, si l’Etat construit un arsenal réglementaire autour de la RSE, il n’est pas anodin de penser que 10 à 20% de ces entreprises qui ne respectant pas la loi voudraient s’y mettre ne serait-ce que par pur utilitarisme ou avec la volonté d’instrumentaliser ce dispositif pour y gagner des revenus.

En d’autres termes, pousser sur le plan réglementaire à adopter la RSE est de nature à minimiser le coût de transaction vers l’application totale de la loi en espérant que l’opportunité y soit grande et que son coût soit minime.

Or, la communauté d’affaires, et l’Etat avec, sont, semble-t-il, dispersés autour de plusieurs logiques. D’abord, la plateforme idéologique de l’Etat comme garant de la politique publique ne laisse pas transparaitre une philosophie claire en matière de choix de politique économique. Si la régulation a permis, au Maroc, à la fois de viabiliser de nombreux espaces économiques (Télécoms, Banques, Bourse, extraction…) tout en protégeant le consommateur, la non adoption d’une vision régulatrice dans d’autres secteurs tangue entre une vision de laisser aller – laissez faire et quelques timides volontés d’interventionnisme qui ne disent pas leur nom.

Mon propos est de dire que la RSE, aujourd’hui, pourrait être pour la loi ce qu’a été le GSM pour le fixe : une formidable carotte pour amener une large population d’entreprises à appliquer la loi.

Cette hypothèse s’articule toutefois sur la capacité de l’Etat à penser un dispositif intelligent qui, lui même, offre aux entreprises la possibilité de consolider leur avantage compétitif, d’un côté, de répondre aux exigences des donneurs d’ordre internationaux (et chemin faisant évacuer quelques barrières à l’entrée), de l’autre, tout en tirant les pratiques économiques, sociales et environnementales vers le haut.

Hassan Bouchachia

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[1] Consultez l’analyse du Professeur Bouchikhi sur http://goo.gl/4cX4uX

[2] Chiffre avancé par M. Abdellah Chenguiti, vice président de l’Agef lors des rencontres Responsabilités et Performances organisées par la CGEM et l’agence Déclic le 16 et 17 décembre

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