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Michel Doucin : La RSE tente de créer un substrat éthique là où il n’y en a pas

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Ancien Ambassadeur français pour les droits de l’Homme, Michel Doucin a occupé le poste d’ambassadeur chargé de la bioéthique et de la responsabilité sociale des entreprises où il a activement participé aux négociations de la norme ISO 26000 ainsi qu’à la préparation de la Communication de la Commission européenne sur la RSE. Il est depuis 2013, entre autre, conseiller diplomatique du Président et Secrétaire Général de l’Union des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires francophones (UCESIF). Entretien avec l’un des observateurs les plus avertis de la RSE dans le monde francophone.

En tant que Secrétaire Général de l’UCESIF, vous avez accès à des réalités de régulation économique et sociale différenciées. Quele est la vocation de l’UCESIF et quelle singularité recouvre son action?

L’Ucesif existe depuis 2004 et c’est l’un des nombreux « clubs » de la francophonie. Il est, d’abord, un lieu de construction du dialogue social. Il est, ensuite, l’endroit où on peut aborder des sujets difficiles qui trouvent difficilelement leurs places dans d’autres instances. C’est enfin, un lieu, où on arrive à déconstruire de « fausses » réalités sociales. L’une de ces « fausses réalités » consiste à considérer, auprès des technocrates dans les gouvernements et les ministères, que la société civile n’a aucun savoir sur les phénomènes économiques et sociaux observés.

Systématiquement, la société civile surprend par le discernement et la pertinence de ses points de vue. A l’UCESIF, la tentation d’un savoir du nord supérieur à celui du sud est totalement bannie. Les solutions se retrouvent dans une optique de co-construction à partir des réalités locales. Ainsi, si nous devons plancher sur le socle de la protection sociale universelle pour le Niger, trouver un début de réponse se retouverait moins dans l’exploration du modèle français où la protection sociale est aux environs de 40% qu’après du Rwanda où ce niveau se situe à 9%. Le modèle à trouver n’est pas forcément celui que les institutions financières internationales invitent à appliquer.

Déconstruisons la réalité de la RSE si vous voulez bien. Quelle lecture faites-vous de l’appropriation de la RSE par les pays du Sud ?

La RSE a été pensée, dans les instances internationales, selon un double prisme des droits fondamentaux et de l’éthique. Dans son parcours, elle est passée d’une dimension volontariste à celle des maitrises des impacts. Autrement dit : l’entreprise est passée d’une perception où ses externalités n’étaient jamais questionnées à partir du moment où elle produisait des richesses à une posture où elle est considérée comme porteuse d’un danger potentiel pour ses parties prenantes.

Sous la pression des instances internationales, l’entreprise est devenue sujette à une espèce d’exigence « d’éthisation » progressive.

Cette évolution a eu cependant lieu dans un environnement marqué par une prégnance marquante de l’individualisation des comportements. La RSE, dans ce sens, tente de créer un substrat d’éthique là où il n’y en a pas.

Le sousbassement philosophique en Inde, par exemple, est totalement différent. Il est impensable dans ce pays d’imaginer une entreprise non charitable. En Afrique, une autre variable sociologique ou éthnologique s’y ajoute : le tribalisme. On a pas besoin de créer une société individualiste pour y injecter ensuite de la RSE…

Propos recueillis par
Hassan Bouchachia

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