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Mouttaqi : « Le développement durable est définitivement un destin africain »

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Abdellah Mouttaqi, Président de la commission de l’Environnement et du Développement Durable au Conseil Economique, Social et Environnemental revient avec une nouvelle analyse. La plateforme Leaders.ma publie en exclusivité cette analyse où l’auteur défend l’urgence d’un plan marshal pour le développement durable en Afrique.

Les premiers constats de votre analyse sur l’Afrique ressortent ce que l’on peut appeler désormais le paradoxe africain : trente-cinq sur les quarante-huit pays les moins avancés (PMA) au monde sont africains dont une partie d’entre eux sont exportateurs d’hydrocarbures et de différents minerais.

Tout à fait. Trente-cinq sur les quarante-huit pays les moins avancés (PMA) au monde sont africains. Selon le classement fait par la CNUCED, cinq d’entre eux sont exportateurs d’hydrocarbures (Angola, Guinée Equatoriale, Soudan, Soudan du Sud et Tchad), six exportateurs de minerais (Erythrée, Guinée, Mali, Mauritanie, Mozambique, République démocratique du Congo et Zambie), et huit sont des exportateurs mixtes (Bénin, Burkina Faso, Niger, République centrafricaine, Tanzanie, Sénégal, Sierra Leone et Togo). Au-delà des PMA africains, plusieurs autres pays sont, par ailleurs, des exportateurs d’hydrocarbures, de minerais ou de produits agricoles ou forestiers.

Mieux encore, les ressources naturelles procurent à l’Afrique un net avantage comparatif : le continent possède environ 12 % des réserves mondiales de pétrole, 42% des réserves d’or, entre 80 et 90 % des réserves de métaux du groupe du chrome et du platine, fer, bauxite…60 % des terres arables et de vastes ressources en bois. La croissance en Afrique continue, donc, naturellement, de reposer sur les matières premières (hydrocarbures, minerais, produits agricoles). Pour vous donner une première perspective, l’OCDE indique que pour chaque 1% de hausse du PIB d’un grand pays acheteur, la Chine, cela induit 0,4% de croissance pour les pays les moins avancés.

Comment échapper à cette « malédiction des ressources », pour utiliser une formule qui revient souvent dans le secteur extractif africain ?

Le développement durable est définitivement un destin africain, je dirais même, le seul destin autorisé pour l’Afrique d’aujourd’hui et de demain. Pour répondre à votre question, je retiens trois articulations centrales à opérer :

D’abord, les gouvernements africains doivent d’abord travailler pour rendre ce secteur modèle, tel qu’il résulterait de la convergence des lois, directives et orientations de la communauté internationale, institutions, gouvernements et la société civile. Un tel secteur devrait œuvrer pour une croissance durable, partagée et inclusive ; il doit reposer sur une bonne gouvernance, être intégré économiquement, se faire selon l’approche de la durabilité et respecter les droits de toutes les parties prenantes. L’appui de la communauté internationale est à notre sens nécessaire pour aider les pays africains à atteindre cet objectif.

Une contribution efficace de ce secteur est tributaire de sa maturité ; aussi bien sur la stabilité au niveau réglementaire que sur la dynamique d’exploitation liée à une exploration très active, soutenue et drainant les investissements nécessaires au maintien de l’effort de recherche.

Deux autres marqueurs qui pourraient refléter la maturité du secteur extractif africain. Le premier concerne la disponibilité de l’expertise nationale aussi bien pour le volet régulation (Etat et agences de gouvernance) que pour le volet technique (chez les opérateurs). Le second concerne la transformation du potentiel, mis en avant actuellement, pour passer au développement de l’exploitation et l’arrivée de nouveaux producteurs africains parmi les 10 premiers mondiaux.

Vous dites qu’il y a deux temps qu’il va falloir rapprocher : celui du capital naturel et celui du développement humain. Pourquoi cet impératif de rapprochement

L’articulation entre le temps du capital naturel et le temps du développement humain est une question capitale. Et pour cause, si les ressources naturelles peuvent jouer un rôle de levier, leur impact sur le développement humain risque d’être nul ou différé dans le temps en absence d’un écosystème favorable. Il est, donc, important d’articuler les changements escomptés dans la dimension temporelle car, par rapport au temps des ressources naturelles et au poids de la volatilité des marchés sur son évolution, celui de l’amélioration des indicateurs sociaux est un processus très lent qui doit s’inscrire dans la durabilité au cœur des politiques publiques. Les gouvernements se doivent donc de mettre en place le modèle capable d’utiliser à profits les revenus conjoncturels des matières premières pour améliorer des indicateurs structurels sur le long terme. Toute évaluation devra tenir compte de l’étendue des besoins sociaux par rapport au caractère cyclique des résultats de l’exploitation du capital naturel.

Vous avez croisé le PIB avec l’Indice de développement durable (IDH) du PNUD pour réaliser une modélisation du futur et souhaitable en Afrique. Quelles sont les principales conclusions ?

Ce travail d’’analyse croisée entre le PIB par habitant et l’IDH me renforce dans quelques hypothèses intuitives du départ. J’en tire principalement trois conclusions majeures.

Le défi majeur du continent africain réside dans sa capacité à offrir à plus de 60% de ses pays pays les moyens d’améliorer leur PIB par habitant pour au moins atteindre le palier de 2000 USD, niveau que je pense nécessaire pour déclencher une possible et intéressante amélioration de l’IDH.

L’analyse des 10 ans (2005-2014) m’autorise, dans un second lieu, de dire qu’il y a des modèles africains à suivre. En tout cas, la finalité d’une croissance du PIB doublée d’un développement humain est aujourd’hui bien expérimentée par des modèles africains, avec toutes les difficultés et les limites de chaque modèle.

Enfin, il y a une configuration pour laquelle une mobilisation générale des pays africains doit se mettre en marche: c’est la tendance la moins performante sur le plan humain dans la mesure où la grande richesse des ces pays n’induit aucun impact sur le développement humain. Selon cette courbe, il n’y a pas de partage de richesse, c’est la situation de pays où la rente énergétique se situe au cœur du modèle de développement.

Propos recueillis par
Hassan Bouchachia

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