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Le rapport mondial 2017 sur le bonheur s’érige contre la tyrannie du PIB

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Source: Gallup World Poll.

Changement de paradigme. Voilà un nouveau rapport qui déconstruit notre perception du progrès : Non, ce n’est pas le PIB qui est la source du bonheur des nations mais la qualité de la croissance. Une autre déconstruction : le bonheur est de plus en plus considéré comme la mesure appropriée du progrès social et de l’évaluation des politiques publiques. Enfin, six variables expliquent désormais l’évaluation du bonheur. Outre le PIB par habitant et l’espérance de vie en bonne santé, viennent s’ajouter désormais le soutien social (avoir une personne sur laquelle on peut compter en cas de problèmes), la confiance (mesuré par l’absence de corruption perçue dans le gouvernement et les entreprises…), la liberté perçue (la possibilité de prendre des décisions dans la vie de l’individu) et la générosité (mesuré par les 3 dernières donations). Enfin, dans les pays riches, les qualifications académiques sont un indicateur (prédicteur) moins pertinent que la santé émotionnelle et le comportement de l’enfant, lequel comportement émotionnel de l’enfant est corrélée à la santé mentale de la mère. Edifiant.

Il y a maintenant cinq ans que le premier rapport mondial sur le bonheur a été publié (2012). Son but : documenter la mesure et la compréhension du bien-être subjectif.

Ils sont trois à présider et coordonner cet ouvrage annuel. Jeffrey Sachs, directeur et professeur de l’Institut de la Terre de l’université Columbia, et faut il le rappeler , elève de Milton Freidman, très critiqué pour ses préconisations ultra-libérales. Sachs compte à ses côtés, Richard Layard, économiste anglais, fondateur en 1990, du Centre for Economic Performance à la London School of Economics et enfin John Anthony Helliwell, un musicien britannique surtout connu comme étant le saxophoniste du groupe Supertramp. Ces trois sommités ont dirigé ce travail depuis 5 ans et les résultats n’en sont pas moins spectaculaires.

«Notre analyse des niveaux, des changements et des déterminants du bonheur des nations continue d’être basée principalement sur les évaluations individuelles de la vie quotidienne, soit environ 1 000 par année», soulignent les rédacteurs de ce rapport 2017.

Dans plus de 150 pays, les enquêteurs ont documenté sur une échelle de 0 à 10 les réponses correspondantes à la la meilleure vie possible, mais aussi, la pire, à un instant T.

Outre cette pondération individuelle, des tentatives de corrélations avec six variables clés contribuent à expliquer les moyennes annuelles nationales sur toute la période 2005-2016. Ces variables retiennent le PIB par habitant, le soutien social, l’espérance de vie saine, la liberté sociale, la générosité et l’absence de corruption.

Les rédacteurs disent ne pas construire la mesure du bonheur dans chaque pays en utilisant ces six facteurs, mais ils exploitent ses résultats pour expliquer la variation du bonheur entre les pays. «Nous devons également montrer comment la mesure du bien-être expérimenté, en particulier les émotions positives, ajoutent aux circonstances de la vie pour expliquer des évaluations plus élevées», expliquent les rédacteurs du rapport.

Les analystes examinent ensuite comment les différents aspects du contexte social affectent les niveaux et la répartition des évaluations de la vie chez les individus à l’intérieur de chaque pays et entre les pays.

Partant du constat que les rapports antérieurs sur le bonheur mondial ont montré que la variation internationale des évaluations de la vie s’explique par les six variables clés : environ la moitié provient du PIB par habitant et de l’espérance de vie saine, le reste provenant de quatre variables reflétant différents aspects du contexte social.

Dans le rapport 2017 sur le bonheur, les analystes approfondissent ces fondamentaux sociaux et explorent plus en détail les différentes façons dont les facteurs sociaux peuvent expliquer les différences entre les individus et les nations dans leurs évaluations respectives de leurs vies. La façon dont le contexte social influe sur les deux autres variables clés: revenu réel par habitant et espérance de vie saine, a également été examinée.

A noter que les lignes directrices de l’OCDE (2013) sur la mesure du bien-être définissent le bien-être subjectif comme l’état mental, y compris toutes les évaluations positives et négatives, que les gens font de leur vie et les réactions affectives des gens vis à vis de leurs propres expériences.

Presque tous les pays de l’OCDE incluent désormais la question d’évaluation de la satisfaction par rapport à leur propre vie, sur une échelle de notation de 0 à 10, dans une ou plusieurs des enquêtes diligentées. «Cependant, il faudra de nombreuses années avant que les efforts accumulés par les bureaux statistiques nationaux ne produisent un nombre important d’enquêtes de pays comparables, comme cela est maintenant disponible dans le sondage Gallup World (GWP), qui a examiné un nombre croissant depuis 2005 et comprend maintenant presque toute la population mondiale. Le GWP contient une évaluation de la vie ainsi qu’une gamme d’expériences positives et négatives», est-il indiqué.

Chapitre 1: Aperçu global

Le premier rapport mondial sur le bonheur a été publié en avril 2012 avec l’appui de l’ONU, sur le bonheur et le bien-être. Depuis, un long chemin a été parcouru. Le bonheur est de plus en plus considéré comme la mesure appropriée du progrès social et de l’objectif des politiques publiques. En juin 2016, l’OCDE s’est engagée à «redéfinir le récit de croissance pour mettre le bien-être des gens au centre des efforts des gouvernements» .

Dans un discours récent, le chef du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a dénoncé ce qu’il a appelé la «tyrannie du PIB», en soutenant que ce qui compte, c’est la qualité de la croissance. L’attention accordée au bonheur devrait faire partie intégrante de nos efforts pour atteindre le développement humain et durable», est-il déclaré. En février 2017, les Émirats Arabes Unis ont organisé une réunion mondiale du bonheur. Maintenant, la Journée internationale du bonheur, le 20 mars, constitue un point focal pour la diffusion de la recherche mondiale sur ce sujet. Le prochain rapport pour 2018 se concentrera sur la question de la migration.

Chapitre 2: Les fondements sociaux du bonheur mondial

Ce rapport accorde une attention particulière aux fondements sociaux du bonheur pour les individus et les nations. Le chapitre commence par des tableaux globaux et régionaux montrant la répartition des réponses, d’environ 3000 répondants dans plus de 150 pays, à une question leur demandant d’évaluer leur vie actuelle sur une échelle où 0 représente la pire des vies possibles et 10 la meilleur. Lorsque la population mondiale est divisée en dix régions géographiques, les distributions des résultats varient considérablement en termes de forme et de valeur moyenne.

Les niveaux moyens du bonheur diffèrent également selon les régions et les pays. Une différence de quatre points dans les évaluations moyennes de la vie, sur une échelle allant de 0 à 10, sépare les dix pays les plus heureux des dix pays les plus malheureux.

La Norvège a pris sa première position, suivie de près par le Danemark, l’Islande et la Suisse. Ces quatre pays sont regroupés de manière si forte que les différences entre eux ne sont pas statistiquement significatives.

Les trois quarts des différences entre les pays, et aussi entre les régions, s’expliquent par des différences dans les six variables clés. Ces six facteurs sont le PIB par habitant, l’espérance de vie en bonne santé, le soutien social (compte tenu d’avoir une personne sur laquelle on peut compter en cas de problèmes), la confiance (mesuré par l’absence de corruption aperçue dans le gouvernement et les entreprises), la liberté perçue, autrement dit la possibilité de prendre des décisions dans la vie de l’individu et la générosité (mesuré par les 3 dernières donations).

Les dix premiers pays se classent bien loin sur ces six facteurs. Les différences internationales dans les émotions positives et négatives (l’affect) sont beaucoup moins expliquées par ces six facteurs. Lorsque les mesures affectées sont utilisées comme éléments supplémentaires dans l’explication des évaluations de la vie, seules les émotions positives contribuent de manière significative, ce qui semble constituer un canal important pour les effets de la liberté perçue et du soutien social.

L’analyse des changements dans les évaluations de vie de 2005-2007 à 2014-2016 continue de montrer de grandes différences internationales dans la dynamique du bonheur.

La principale innovation dans le Rapport mondial sur le bonheur 2017 met l’accent sur le rôle des facteurs sociaux dans le soutien du bonheur.

L’effet de l’augmentation du nombre de personnes ayant une personne sur laquelle compter en cas de problèmes est en soi égal aux effets de l’augmentation de 16 fois des revenus annuels moyens par habitant sur le bonheur. Cela est de nature à déplacer les trois pays les plus pauvres vers la moyenne mondiale (de 600 $ à environ 10 000 $).

Chapitre 3: Croissance et bonheur en Chine, 1990-2015

Alors que le bien-être subjectif reçoit une attention croissante comme alternative ou complément au PIB en tant que mesure de bien-être, il pourrait difficilement y avoir un meilleur cas de test que la Chine pour comparer les deux mesures. Le PIB en Chine s’est multiplié par cinq au cours du dernier quart de siècle, le bien-être subjectif sur la même période est tombé pendant 15 ans avant de démarrer un processus de « rétablissement». Ces résultats disparates reflètent la portée différente des deux mesures. Le PIB se rapporte au côté économique de la vie et à une seule dimension : la production des biens et des services. Le bien-être subjectif, en revanche, est une mesure globale du bien-être individuel, en tenant compte de la variété des préoccupations économiques et non économiques et des aspirations qui déterminent le bien-être des gens. Le PIB seul ne peut pas expliquer les énormes changements structurels qui ont affecté la vie des gens en Chine. Le bien-être subjectif, en revanche, capte l’anxiété accrue et les nouvelles préoccupations qui découlent de la dépendance croissante sur le marché du travail. Les données montrent une baisse marquée du bien-être subjectif de 1990 à environ 2005, et une reprise substantielle depuis lors. Le chapitre montre que le chômage et les changements dans les filets de sécurité sociale jouent un rôle clé pour expliquer à la fois l’automne 1990 (NDLR : massacre à la place de Tian’anmen) et le rétablissement subséquent.

Chapitre 4: «Attendre le bonheur» en Afrique

Ce chapitre explore les raisons pour lesquelles les pays africains sont généralement en retard sur le reste du monde dans leurs évaluations de leur propre vie. Il prend comme point de départ les aspirations exprimées par les répondants nigérians dans les années 1960.

À l’époque, les Nigérians ont déclaré que de nombreux changements, pas seulement quelques-uns, étaient nécessaires pour améliorer leur vie et ceux de leurs familles.

Cinquante ans plus tard, à en juger par les indicateurs sociaux présentés dans ce chapitre, les gens de nombreux pays africains attendent toujours les changements nécessaires pour améliorer leur vie et les rendre heureux.

Les niveaux inférieurs de bonheur de l’Afrique par rapport à d’autres pays dans le monde peuvent donc être attribués à la déception du niveau développement démocratique.

L’optimisme de l’Afrique peut être quelque chose d’exceptionnel. Les Africains manifestent de l’ingéniosité qui rend la vie supportable même dans des conditions difficiles. Faire face aux mauvaises infrastructures, comme dans le cas du Ghana, n’est qu’un exemple de la résilience remarquable que les Africains semblent avoir perfectionnée. Les Africains sont essentiellement optimistes, en particulier les jeunes. Cet optimisme pourrait servir de prophétie auto-réalisatrice pour le continent dans les années à venir.

Chapitre 5: Les déterminants clés du bonheur et de la misère

Ce chapitre utilise des enquêtes effectuées aux États-Unis, en Australie, en Grande-Bretagne et en Indonésie pour éclairer les facteurs qui expliquent une grande variation entre les individus dans leur bonheur et leur misère (ces deux perceptions étant mesurées en termes de satisfaction de la vie).

Les facteurs clés comprennent les variables économiques (comme le revenu et l’emploi), les facteurs sociaux (comme l’éducation et la vie familiale) et la santé (physique et mentale).

Dans les trois sociétés occidentales, la maladie mentale diagnostiquée apparaît comme plus importante que le revenu, l’emploi ou la maladie physique.

Dans tous les pays, l’effet le plus puissant résulterait de l’élimination de la dépression et des troubles anxieux, qui constituent la forme principale de la maladie mentale. Le chapitre utilise ensuite les données de chercheurs britanniques pour déterminer quels facteurs dans le développement de l’enfant préparent un adulte à une vie satisfaisante et constate que les qualifications académiques sont un mauvais indicateur (prédicteur) que la santé émotionnelle et le comportement de l’enfant.

À son tour, le meilleur prédicteur de la santé et du comportement émotionnel de l’enfant est la santé mentale de la mère de l’enfant. Les écoles sont également des déterminants essentiels du bien-être des enfants. En résumé, la santé mentale explique davantage la variance du bonheur dans les pays occidentaux que le revenu. La maladie mentale importe également en Indonésie, mais moins que les revenus. Nulle part, la maladie physique n’est une source plus grande que la maladie mentale. De même, si nous retournons à l’enfance, les facteurs clés pour les futurs adultes sont la santé mentale de la mère et l’ambiance sociale de l’école primaire et secondaire.

Chapitre 6: Le bonheur au travail

Ce chapitre étudie le rôle du travail et de l’emploi dans la formation du bonheur des gens et étudie comment le statut de l’emploi, le type d’emploi et les caractéristiques du lieu de travail affectent le bien-être subjectif.

L’importance écrasante d’avoir un travail synonyme de bonheur est évidente tout au long de l’analyse et se déroule dans toutes les régions du monde.

En considérant la population mondiale, les personnes ayant un emploi évaluent la qualité de leur vie de manière beaucoup plus favorable que ceux qui sont au chômage.

Ce chapitre se développe davantage dans la dynamique du chômage pour montrer que le bonheur des individus s’adapte peu à peu au chômage et que les séquelles du chômage peuvent avoir un impact durable même après avoir repris un emploi. Les données montrent également que la hausse du chômage affecte négativement tout le monde, même ceux qui sont au travail. Ces résultats sont obtenus au niveau individuel, mais ils sont confirmés également au niveau macroéconomique, car les niveaux nationaux de chômage sont négativement corrélés avec le bien-être national moyen à travers le monde.

Ce chapitre examine également comment le bonheur se rapporte aux types de travail que les gens font et constate que le travail manuel est systématiquement corrélé avec des niveaux inférieurs de bonheur. Ce résultat couvre toutes les industries à forte intensité de main-d’œuvre, telles que la construction, l’exploitation minière, la fabrication, le transport, l’agriculture, la pêche et la foresterie (NDLR : c’est qu’on désigne globalement par le vocable pénibilité).

Enfin, le chapitre étudie la qualité de l’emploi en considérant comment les caractéristiques spécifiques du lieu de travail se rapportent au bonheur. Au-delà de la découverte prévisble de la corrélation entre travail bien rémunéré et bonheur, un certain nombre d’autres aspects du travail des gens déterminent fortement le bonheur, notamment l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle, l’autonomie, la variété, la sécurité, le capital social et les risques liés à la santé et à la sécurité.

Chapitre 7: Restaurer le bonheur américain

Ce chapitre utilise l’histoire du bonheur au cours des dix dernières années pour montrer comment les fondements sociaux du bonheur se jouent dans le cas des États-Unis. Le chapitre décompose ensuite cette baisse selon les six facteurs. Alors que deux des variables explicatives se sont déplacées dans la direction d’un plus grand bonheur (revenu et espérance de vie saine), les quatre variables sociales se sont toutes détériorées : les États-Unis ont moins de soutien social, moins de liberté personnelle, plus de dons et plus de corruption perçue.

Les gains de compensation découlant d’un revenu et d’une espérance de vie plus élevés ont été calculés ensemble pour augmenter le bonheur de seulement 0,04 points. Résultat : la baisse du bonheur aux USA est expliquée par des changements non comptabilisés par les six facteurs. Dans l’ensemble cependant, le chapitre conclut que la chute du bonheur américain est principalement due à des causes sociales plutôt qu’à des causes économiques.

Télécharger: WORLD HAPPINESS REPORT 2017

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