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Plus l’entreprise est en société, plus elle est dans les marchés

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A partir du moment où une organisation décide de tenir compte des voix de ses parties prenantes, elle intègre implicitement des éléments de la démocratie dans sa gouvernance. C’est finalement cela le parcours de l’entreprise, aujourd’hui.

C’est ce parcours que Hélène Valade[1] a brillamment résumé :  l’entreprise, dit-elle, n’est pas simplement sur les marchés, l’entreprise est aussi en société, c’est-à-dire qu’elle contribue au bon fonctionnement de la société tout comme elle lui est redevable.

Ce travail de conceptualisation du rôle de l’entreprise n’est pas un luxe. Les questions du pourquoi quand elles sont évacuées reviennent de manière souvent vicieuses au moment du déploiement opérationnel.

L’entreprise est-elle en société en Afrique ? Ce qui est certain, c’est qu’elle devrait l’être davantage. Opter pour des politiques libérales, restreindre le périmètre de l’entreprise au marché dans un environnement de précarité institutionnelle et économique c’est s’assurer une permanence de la contestation de l’acceptabilité sociale des entreprises qui y prospèrent.

Ce débat conceptuel est fondateur puisqu’il permet d’arrêter une direction. L’exemple le plus récurrent est celui qui oppose le discours de « la RSE comme un surcoût social et donc un handicap à la compétitivité » à celui de « la RSE comme condition d’une meilleure compétitivité ». A priori irréconciliables, ces deux positions ne sont pourtant que les deux faces d’une seule monnaie. Helene Valade a une belle formule à ce propos : «une alchimie entre recherche du consensus et dissensus».

Une fois que le consensus est acté et que l’idée de l’entreprise en société soit acceptée, quid de son déploiement ? Les idées de la plateforme RSE sont, là aussi, utiles à consulter sans qu’elles soient, toutes, pertinentes et avec la même intensité en Afrique car cela va de la protection sociale aux droits de l’homme en passant par l’accès aux soins de santé essentiels, y compris les soins de maternité, la sécurité élémentaire de revenus pour les enfants, la sécurité minimale de revenus pour les personnes d’âge actif qui sont dans l’incapacité de travailler, la sécurité élémentaire de revenus pour les personnes âgées, etc… Mais le document demeure fondateur pour toute communauté s’intéressant au sujet de la RSE.

Alors l’entreprise en société en Afrique doit être d’abord une préoccupation mentale avant qu’elle ne soit réglementaire ou institutionnelle ? Mais arrive-t-on à la transformation mentale sans passer par la case réglementaire ? Un haut cadre dans une PME minière marocaine me confiait récemment qu’au lieu de s’approvisionner en viande pour sa cantine auprès d’un supermarché avec une facture et une traçabilité, l’ensemble de ses approvisionnements en viande s’effectuent auprès du boucher du douar mitoyen.

En fait, être en société commence d’abord par évacuer la facilité gestionnaire des managers consistant à se débarrasser de tout ce qui encombre leur tâche au profit du métier car en définitive réussir le métier passe par l’intégration de la préoccupation sociale. Le coût d’une contestation sociale de ce douar est largement plus pénalisant pour l’entreprise que la supposée déperdition d’énergie et de processus due à un approvisionnement chez le boucher. Bref, doing well by doing good, comme dirait, Benjamin Franklin, l’un des rédacteurs de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis et à qui on prête la paternité de cette citation.

Doinng good ne doit pas renseigner sur le potentiel philanthropique de l’entreprise mais doit retenir seulement l’aspect prise de décisions d’une organisation et son impact en société.

Pour poursuivre sur l’exemple français, il n’est pas inintéressant de garder à l’esprit l’amendement du décret[2] portant création du Commissariat général à la stratégie et à la prospective en élargissant ses fonctions (France Stratégie) en y incluant la plateforme RSE et le rattachement à celle-ci du Conseil national de productivité. Cela signifie-il que les notions de productivité et de compétitivité relèvent désormais de la bonne gouvernance et que la RSE est le moyen de les délivrer ? Si c’est le cas, alors l’entreprise sera d’autant plus dans les marchés qu’elle s’ancrera en Société.

Hassan BOUCHACHIA

GRI DATA PARTNER pour le Maroc


[1] Helene Valade est Présidente de Plateforme RSE en France et elle exprime ici la position de l’instance qu’elle dirige, lors d’un colloque de France Stratégie organisé en avril 2017

[2] Décret n° 2017-392 du 24 mars 2017 modifiant le décret n° 2013-333 du 22 avril 2013 portant création du Commissariat général à la stratégie et à la prospective

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