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Le pape François, les républicains américains et la RSE

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Après l’encyclique Rerum Nevarum (de la révolution) du Pape Léon XIII parue en 1891, voici que le pape François vient de publier le 18 juin 2015, son encyclique sur l’écologie intégrale intitulée Laudato si (« Sois loué »).

Faut-il croire que la seconde est le prolongement naturel de la première ? Rien n’est moins vrai. Car, si la première dénonçait les effets néfastes de l’excès du capitalisme, cette dernière n’y a pas dérogé, en dépit de quelques tentatives de son décryptage comme un appui fort aux tractations politiques en faveur de l’environnement.

Lorsque la gauche au pouvoir en France y voit déjà «une contribution importante pour le succès la cop 21 prévue en décembre à Paris» et que la droite française, elle, fait la fine bouche, les républicains américains tirent à boulets rouge sur le souverain pontife avec une irritation très peu maitrisée : «le pape François doit laisser la science aux scientifiques», commente le député républicain américain Rick Santorum quand le chroniqueur de Fox News Greg Gutfeld l’a considéré comme «l’homme le plus dangereux du monde».

Ce qui se cache derrière cette détestation envers le pape François chez les républicains américains, c’est moins ses envolées lyriques que le fond de ses réflexions. Son exhortation apostolique du 26 novembre 2013 intitulée «la joie d’évangéliser», contenant un réquisitoire en règle contre le capitalisme financier, a été pour les républicains américains une véritable déclaration de guerre.

La limite rouge a été franchie. Le déni de la légitimité du profit est pour les conservateurs américains ce que le déni du prophète est aux radicaux islamistes: un appel au Djihad.

Ce texte de 2013 est une critique de fond de la doctrine ultra-libérale: «certains défendent encore les théories du ruissellement (trickle-down), qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant».

Cela rappelle aussi toute la résistance que l’ouvrage de Howard Bowen, sur instigation de l’église protestante, a rencontré quelques années après sa publication en 1953. La première grande attaque à cette vision dite responsable de l’économie, telle qu’elle transparaissait de l’ouvrage de Bowen, est celle de Theodore Levitt en 1958, lors du cinquantième anniversaire de la Harvard Business Review (HBR) à un colloque dédié au thème de la responsabilité sociétale.

Le texte de Theodore Levitt contenait une rhétorique, très hard sur le fond, mais très fine dans la forme : «contrairement à ce que certains critiques charitables peuvent avancer, cette préoccupation (la RSE) n’est pas une posture attitudinale. La conscience de la responsabilité sociale peut avoir commencé comme une manœuvre défensive contre les attaques véhémentes par les grandes sociétés et sur l’efficacité morale du système de profit. Mais la défense à elle seule n’explique pas le motif». Douze ans plus tard, un texte pamphlétaire de type révolutionnaire réactualise la pensée de Levitt avec encore plus de véhémence et un peu moins de compromis : la célèbre tribune de Milton Freedman est parue dans le New York Times en 1970. Elle est intitulée : «la responsabilité sociale de l’entreprise est de créer du profit».

Si les débats économiques durant le 20ème siècle étaient très idéologisés avec des références clairement tranchées entre keynesiens et Fredmaniens, ceux du 21ème siècle voient apparaitre l’inclusion pragmatique, parfois même managérialisée, de la notion d’éthique et de droits de l’homme à travers notamment le prisme de la RSE. Celle-ci est définitivement la pierre angulaire qui cristallise toutes les attentions. Qu’elle soit d’inspiration religieuse, ou universelle et sécularisées, la RSE trône sur les discussions du business de demain.

Les référentiels l’intègrent, doucement et progressivement. Le mouvement est amorcé. Les pays du sud(1) peuvent aujourd’hui profiter du creux de la vague pour tenter d’orienter sa future trajectoire. Les barrières socialement responsables à l’entrée seront demain, pour les pays du sud, à l’économie ce qu’ont été les injonctions pour le respect des équilibres macro-économiques des institutions de Bretton Woods durant les années 80 : un implacable rappel à l’ordre.

Par Hassan BOUCHACHIA
Fondateur «Les Leaders de la RSE», Expert en Reporting de durabilité et évaluateur RSE. GRI Data Partner pour le Maroc et GRI Community Leader Northwest Africa.

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(1) Les entreprises des pays du Sud ont désormais la possibilité de siéger dans les instances de gouvernance de la GRI, par exemple, moyennant une cotisation. Le statut de GRI Community Leader offre aux Leaders de la RSE cette ouverture vis à vis des entreprises de la zone North-West Africa. Pour toute demande d’information: lesleaders@lesleaders.ma.

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