RSE : L’islam sera-t-il plus libéral ?  

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L’un des grands enseignements de Max Weber[1] est d’avoir révélé au grand jour l’omniscience du fait cultuel dans la création de richesse.

Si l’on doit prendre un raccourci, ca serait le suivant : si les américains sont prospères économiquement et figurent en tête des nations industrielles, c’est parce que la culture protestante dominante porte en elle les germes d’une culture du travail et de l’effort. «Il y a affinité entre l’éthos du calvinisme puritain et la mentalité de l’entrepreneur capitaliste», disait weber.

Pourtant, le travail et l’effort en Islam, tout comme chez les protestants (les calvinistes notamment), sont positionnés au rang d’une pratique religieuse : Al 3amal Ibadat (le travail est adoration).

Question : pourquoi les pays musulmans n’ont pas pu prospéré économiquement, tout comme les américains, si le postulat de base de cette prospérité est celui de l’effort et du travail ?

Là où l’Islam se veut nettement plus libéral, le protestantisme marque une ligne de partage nette.

Quand Howard Bowen (1953) affirme que l’administration privée des biens doit permettre d’accroître le bien-être de la communauté, l’Islam positionne la propriété comme une condition nécessaire pour qu’un marché soit opérationnel.

Quand les protestants mettent en avant, à travers les notions de  trusteeship et du stewardship, que la propriété privée n’a rien d’un droit absolu, naturel et inconditionnel, le penseur humaniste musulman Miskawayh dans «Tahdib Al Akhalk»[2] estime que l’entraide et la solidarité ne répondent pas seulement à des nécessités économiques et/ou morales : les transferts de revenus et les dons, dit-il, ont une contrepartie politique; c’est une façon pour les nantis d’acheter la paix sociale aux pauvres, au peuple qui commence à gronder et à s’agiter.

Cette vision utilitariste de régulation des parties prenantes n’est pas contredite par Al Ghazali. Ce dernier touche du doigt une notion fondamentale du débat contemporain sur la gouvernance : le profit. Il le considère comme légitime, car il répond à la rémunération d’un service, et aussi d’un risque. Doit-il être limité ? Al Ghazali suggère qu’un profit «normal» devrait représenter 5 à 10% du prix de vente du produit.

Ces grands penseurs de l’Islam laissent penser que l’Islam se positionne dans une ligne libérale dure?

Libéral, très probablement, mais surtout défendant une certaine efficience et intégrité de l’information dans le marché. C’est Ibn Rushd qui en apporte la preuve éclatante : le délit d’initié (manœuvres de désinformation) doit être interdit. Il en donne l’exemple de ne pas se porter au devant de la caravane pour acheter des biens avant qu’elle n’ait atteint le marché.

Libéral, non ascétique mais définitivement contre la financiarisation. Dans le chapitre éthique économique, Ibn Khaldoun démontre le coût moral du luxe : «l’appât du gain et des richesses suscite des comportements d’escroquerie et de fraude, qui conduisent au règne de l’incivilité».

La RSE en Islam sera-t-elle plus philanthropique et paternaliste dans sa genèse et sa fondation ? Epouse-elle la notion des parties prenantes ? Très probablement. C’est sur la notion de propriété privé que l’Islam pose une ligne de démarcation. Car, finalement, les hommes sont égaux devant Dieu, mais non devant le gain et la recherche de richesses. En cela, l’Islam se révèle d’une portée tout à fait libérale intégrant et encouragant la rationalité et le calcul économique.

Hassan Bouchachia


[1] L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme publié en 1905
[2] Traité d’Ethique, 320 Hégire/932-421. La traduction française a été introduite par Mohamed Arkoun

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