Home»les acteurs»Transformer les contraintes en opportunités

Transformer les contraintes en opportunités

0
Shares
Pinterest Google+

Mohamed Soual – Cheif Economist à OCP.

 

Son franc-parler, sa sérénité et la dimension systémique de son discours font de lui l’un des interlocuteurs privilégiés sur la thématique de la RSE au sein de l’OCP. Mohamed Soual nous livre dans cet entretien une vision ni manichéenne ni moralisante. Seulement pragmatique. Un pragmatisme doux et implacable. Entretien.

Les externalités négatives sont souvent invoquées comme la tare congénitale du capitalisme moderne. Pourtant, l’OCP a pu démontrer que cette trajectoire n’est pas linéaire et que les organisations peuvent transcender cet état de fait ?

C’est évident qu’un certain nombre d’activités génèrent des externalités négatives. En externalisant certaines activités, l’entreprise exporte ses coûts vers l’extérieur. Or, ce qui permet, justement, d’apporter à l’organisation une ambition apaisée et conciliante est son aptitude à transformer ses contraintes en opportunités. Et c’est tout le sens de la mise en place du pipeline de l’OCP. Voilà une entreprise qui transporte le phosphate de Khouribga vers Jorf Lasfar par train, et du coup, non seulement des quantités phénoménales de gaz à effet de serre et de CO2 sont émises mais cela induit aussi un réel problème de compétitivité compte tenu du coût du transport.

Le pipeline a permis, aujourd’hui,  à l’OCP de réaliser quelque chose comme 900 000 tonnes par an d’économie d’émission de gaz à effet de serre.

Mieux encore, pour le traitement du phosphate, on le lave. Mais pour le transporter par train, on le sèche avec du fioul. Résultat : émission de gaz carbonique et de poussière portant une grave nuisance à l’environnement et aux populations.

Voilà comment on transforme des contraintes pour en faire des opportunités avec une logique de performance à tous les étages.

La performance économique serait donc consubstantielle à la performance sociale et environnementale. Il n y’a là, ni altruisme ni morale ?

Totalement. Car la voie de la recherche de la performance est globale et globalisante. Quand des entreprises portent un discours selon lequel une restriction normative ou réglementaire induirait une non compétitivité et donc un arrêt de l’outil de production et un chômage en masse, il y a, là, une posture anachronique qui va l’encontre du sens de l’histoire. Celle du capitalisme moderne impose aujourd’hui de ne pas mettre en danger la santé des collaborateurs Or, très souvent ces normes sanitaires, même quand ils ne relèvent que du principe de précaution, induisent dans leurs sillages une dynamique de recherche et de développement créatrice de bénéfices pour toutes les parties prenantes. Dès lors, le prisme de cette responsabilité sociale tranche radicalement avec les attitudes dites altruiste ou qui relèvent de la morale.

La RSE doit être perçue et définie comme une politique générale participant à la performance de l’entreprise et l’amélioration de ses résultats économiques et financiers. Du reste, l’ensemble des travaux de recherche réalisés durant les 20 dernières années le prouve amplement.

L’OCP est très impliqué dans ce que nous appelons aujourd’hui l’écologie industrielle ?

Sur ce sujet, je voudrais évoquer la transformation qu’a réalisé l’OCP en matière de gestion des flux et des déchets. Là encore, c’est le même prisme : les contraintes se transforment en opportunités et la création de valeur s’installe sur toute la chaine.

La meilleure illustration réside dans l’injection de déchets en input. L’entreprise  met ses déchets à la disposition d’une cimenterie et cette dernière s’engage à investir pour filtrer les émissions nocives et en tire une rentabilité. Je ne veux pas placer cette question sur un plan moral. C’est un cercle vertueux de production de la valeur tout en préservant l’intérêt des différentes parties prenantes.

Quand des riverains revendiquent du travail, comme ce que fut le cas pour l’OCP en 2011, est-ce légitime ?

Soyons sereins. Une entreprise perçue comme un îlot de prospérité au milieu d’un océan de misères n’est jamais soutenable. A plus juste titre pour ses riverains. Dire que «ma responsabilité est d’extraire du phosphate et le reste du ressort de l’Etat» est une solution de facilité à laquelle l’OCP ne s’y est jamais abandonnée.

Les événements de  2011 ont été un test grandeur nature pour nous. Car, parmi ces demandeurs de travail, nombreux ont été les enfants dont les parents ont été déplacés de leur terre parce qu’il y avait du phosphate dans le sous sol.

Où se situe la responsabilité alors ? L’opération OCP Skills était une des réponses les plus riches en contenu et en articulation. Nous avons essayé de s’attaquer à la racine du mal, qui n’est pas le travail mais l’employabilité. Ainsi, au lieu distribuer de la rente, ancrer davantage l’assistance et former de nouveaux bastions d’affidés à l’OCP qui finiront par revenir lui demander une rente supplémentaire, on a travaillé sur l’employabilité de ces jeunes.

L’OCP Skills est bien galvaudée, quel sens donnez-vous à cette initiative ?

Le schéma est le suivant : l’OCP est en train d’investir lourdement. Qui dit investissement, dit nouvelles usines et donc de nouvelles créations de poste. Nous sommes entrain de former 15.000 jeunes dans le cadre de l’OCP Skills et qui tout en poursuivant leur formation sont rémunérés. A l’issue de leur formation, nous les plaçons non seulement dans nos nouvelles usines mais aussi auprès de nos partenaires et sous traitants.

Previous post

Maroc Telecom : la performance du dialogue avec les parties prenantes

Next post

Pourquoi les leaders de la RSE au Maroc ?