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Tim Mohin : lorsque vous éclairez quelque chose, vous avez tendance à l’améliorer

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Plusieurs entreprises soulignent désormais l’impact qu’ils ont sur l’environnement et la société. Mais quel valeur accorder à cette dynamique, et quel impact cela produit-il dans le monde réel ? L’interview réalisée par Robin Hicks de Eco-Business, avec le nouveau directeur général du Global Reporting Initiative (GRI), Tim Mohin, fait le tour de cette question et bien d’autres.

Vu que l’homme était celui à qui incombait le rôle de surveiller que la chaîne d’approvisionnement du géant informatique Apple soit exempte de toute violation des droits de l’homme et autres abus, Tim Mohin sait plus que d’autres la valeur de la divulgation.

Cela fait déjà six mois qu’il est directeur général de Global Reporting Initiative (GRI), le cadre de reporting de durabilité le plus utilisé au monde, avec pour mission d’encourager davantage d’entreprises à «reporter» sur les progrès réalisés par elles.

Son travail, bien que difficile, devient plus facile, explique Tom Mohin. Plus d’entreprises veulent communiquer au monde leurs performances en matière de durabilité. Et plus d’entreprises doivent désormais le faire.

Même en Asie, où le rythme a été beaucoup plus lent qu’en Occident pour adopter des rapports sur la durabilité, les bourses dans des territoires comme le Japon, Singapour et Hong Kong obligent maintenant les entreprises cotées en bourse à communiquer les impacts qu’elles occasionnent sur la société et l’environnement et mesurer, ainsi, les améliorations qu’ils réalisent au fur et à mesure.

Mohin, dont la carrière avait embrassé l’Agence de protection de l’environnement (récemment affaiblie) ainsi qu’Intel, où il a dirigé le bras environnemental et de durabilité de la firme, soutient que l’Asie est désormais une région où GRI marque un grand taux de croissance.

Cependant, malgré une croissance rapide de l’adoption des rapports sur la durabilité, les entreprises se plaignent souvent de la charge de travail supplémentaire qu’impliquent ces rapports, alors que les critiques se demandent toujours si la pratique de reporting entraîne réellement des changements positifs dans le monde.

Dans cette Interview, Mohin parle l’introduction de changements réels dans les entreprises grâce à un reporting efficace, sa pertinence pour les petites et moyennes entreprises en Asie, le danger de l’usage d’un reporting pour des fins de greenwash et esquisse sa vision de ce qu’il appelle le «pouvoir transformationnel de la transparence ».

GRI a été crée il y a environ 20 ans. Comment peut-on évaluer l’efficacité de l’organisation depuis ce moment-là ?

C’est une question existentielle difficile à y répondre. Personne n’a documenté la cause et l’effet des rapports à grande échelle. Mais ce que je retiens de ces 22 dernières années, dans certains de mes emplois précédents, c’est que lorsque vous éclairez quelque chose, vous avez tendance à l’améliorer. Par le simple fait de mesurer quelque chose et de le mettre dans le domaine public, vous êtes naturellement incités à l’améliorer. C’est ça le pouvoir transformationnel de la transparence.

GRI et le reporting de durabilité sont-ils devenus des sujets plus facile à placer?

Oui, pour plusieurs raisons. L’une d’entre d’elles est que les Sandards GRI existent depuis environ 20 ans maintenant puisque nous avons démarré en 1997. Nous sommes, de loin, la norme de divulgation de durabilité la plus adoptée au Monde.

Sur les 250 plus grandes entreprises au monde, 90% d’entre elles communiquent leurs performances durables et 74% d’entre elles utilisent les normes GRI. Et de toutes les entreprises du monde qui reportent leurs résultats de durabilité, 72% utilisent les normes GRI. Les politiques de Reporting Extra-Financier ont été introduites maintenant dans 45 pays et régions, dont 35 sont des bourses. Le taux de croissance le plus rapide est en Asie, où nous avons vu un doublement des rapports GRI au cours des cinq dernières années.

C’est une tendance qui se répand dans le monde entier. L’une des raisons à cela est, justement, les nouveaux standards que nous venons de publier en Octobre 2016. Nous sommes, ainsi, passés de l’orientation vers l’émission de normes réelles. Cette professionnalisation de la divulgation a induit une meilleure prise en charge par les organismes de réglementation.

Que répondez-vous aux critiques qui soutiennent que les standards GRI ne sont pas réellement des normes dans la mesure où les rapports ne sont pas obligatoires et plutôt un exercice de case à cocher ?

Le cadre de reporting de GRI a été spécifiquement conçu pour ne pas être un exercice de case à cocher.

Le point de départ des rapports utilisant les standards GRI est un processus solide d’engagement des parties prenantes, qui, de surcroit, informe sur l’analyse de matérialité de l’entreprise. Les Standards GRI couvrent 33 sujets de durabilité et il jamais été déclaré qu’une organisation devrait couvrir de ces 33 sujets. En fait, elles ne le devraient pas.

Chaque entreprise doit décider quels sont les sujets les plus pertinents pour elle et ses parties prenantes. Nous ne dictons pas aux entreprises les domaines à examiner. Nous ne leur remettons pas une liste avec des cases qui doivent être cochées. Les entreprises qui réalisent des rapports GRI doivent comprendre que cela les sert d’abord elles en premier lieu.

Existe-t-il un risque que les entreprises utilisent des rapport de durabilité pour des fins de greenwashing ?

C’est un problème très sérieux. Bien que nous ne vérifions pas la qualité des rapports, c’est quelque chose qui nous préoccupe beaucoup. Car, au fur et à mesure que le reporting de durabilité prend racine, les gens commencent à compter sur l’information communiquée pour prendre des décisions.

Si les données ne sont pas fiables, de mauvaises décisions peuvent être prises. Je tiens, par ailleurs, à préciser qu’il ne s’agit pas du rapport en tant que tel, mais plutôt des résultats que nous obtenons de cette divulgation.

Le reporting de la durabilité est en fait une transaction. Quelqu’un crée l’information, et quelqu’un d’autre l’utilise pour créer des changements.

Quelles sont les entreprises qui se trompent dans leurs rapports sur la durabilité?

D’abord, un domaine autour duquel règle une confusion est celui considérant les normes comme obligatoires dans l’ensemble. Or, tout le principe du reporting extra-financier est que les entreprises sont d’abord différentes et qu’en conséquence, elles auront des impacts et des opportunités différenciées.

Nous avons préconisé ce que nous appelons une évaluation de la matérialité : les entreprises sont en mesure d’évaluer quels sont les impacts les plus importants pour elles, et nous fournissons ce que j’appelle une bibliothèque de sujets et standards qu’elles peuvent mobiliser et divulguer autour d’elles uniquement.

À Singapour et à Hong Kong, au moins 98% des entreprises sont des PME. Quelle sorte d’adoption des rapports sur la durabilité voyez-vous parmi les PME de cette région?

C’est l’un des plus grands défis. Dans le monde entier, 90% de l’activité économique est dans l’espace PME, et nous savons que c’est un domaine important pour nous en termes de divulgation de la durabilité.

Les plus grands obstacles que nous observons sont la confusion et le fardeau qu’un reporting peut présenter pour ces populations d’entreprises. La pratique des rapports peut être très redoutable. Nous sommes dans la phase pilote d’un outil de reporting PME qui vise à simplifier le processus pour les nouveaux «reporters».

Les marchés financiers répondent à des motivations à court terme. Pensez-vous que ces marchés se déplacent assez rapidement pour prendre en compte les facteurs à plus long terme tels que la durabilité ?

J’aimerais que ce changement soit plus rapide. Allons-y : les investisseurs sont incités à obtenir des rendements. Si les divulgations de durabilité les aident à les obtenir, elles seront certainement intéressées. Cepdant, regarder quatre à cinq ans sur la route n’a jamais été quelque chose de très prisé par des investisseurs du court terme. C’est donc un changement lent auquel on fait face.

Et il y a aussi une vraie différence, dans la façon dont nous définissons la matérialité. Dans le monde financier, la pertinence est ce qui affecte l’entreprise. La définition de GRI en matière de matérialité est l’impact d’une entreprise sur le monde extérieur.

Ainsi, pendant que les investisseurs considèrent la matérialité comme un aspect intérieur, nous pensons plutôt vers le monde extérieur. Il y a, là, une opposition très nette.

Le Groupe de travail sur les informations relatives au climat (TCFD) commence à se questionner sur ce qui adviendra dans le futur quand les changements seront beaucoup plus présents ? Et la réponse est que cela pourrait avoir des implications financières importantes pour une entreprise.

Il existe de nombreux autres cadres de reporting sur le marché, chacun affirmant qu’il est le plus complet. Comment les entreprises choisissent-elles une norme ?

Je pense qu’il y a beaucoup de confusion «et de fragmentation» sur le marché, en ce moment. Et donc, tout un pilier de ma stratégie s’appelle l’harmonisation. Il est tôt, mais nous nous sommes adressés au Conseil des normes de comptabilité de la durabilité (SASB) aux États-Unis, qui avait été considéré comme un concurrent de GRI et nous avons constitué un partenariat avec eux. Il n’y a pas de temps, ni de ressources à dépenser pour lutter entre nous. Mon ambition de former une cadre harmonieux avec d’autres normes.

Pensez-vous que l’essor de la pensée durable dans le monde des affaires se passera assez rapidement pour relever les défis posés par les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations-Unies ?

Les ODD ont un délai de 2030, c’est moins de 5 000 jours. Certaines entreprises ont maintenant des revenus supérieurs au PIB de certains pays et des chaînes d’approvisionnement qui s’étendent dans le monde entier. Il est clair que les entreprises ont un grand rôle à jouer dans la réalisation des objectifs. Mais nous considérons souvent la durabilité comme une litanie de malheur : diminution des ressources, changement climatique, population croissante… Je pense que nous devons cesser de considérer la durabilité comme un ensemble de risques que nous devons gérer et l’envisager comme une opportunité pour les entreprises. Une fois que les entreprises appliquent réellement leurs compétences de base pour résoudre les problèmes de durabilité dans le monde, nous commencerons à voir le changement.

Interview traduite par Hassan Bouchachia
GRI Data Partner – Morocco

Source : http://www.eco-business.com/news/is-sustainability-reporting-working/

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